Lundi marque un tournant historique : le groupe Banque Populaire–Caisse d’Épargne permet désormais à des millions de Français d’acheter des cryptomonnaies. Une avancée pour l’adoption, certes, mais qui cache une réalité moins enthousiasmante : entre frais importants et absence totale de rendement, l’offre pourrait rapidement pénaliser l’épargne des particuliers.

Jusqu’ici impensable, cette possibilité est désormais intégrée directement dans les applications Banque Populaire et Caisse d’Épargne. Les clients pourront y acheter du Bitcoin, de l’Ethereum ou du Solana aussi facilement qu’ils réalisent un virement. Le lancement débute dans quatre caisses régionales, soit environ deux millions de personnes concernées dès le départ, avant une généralisation prévue pour 2026.
Le symbole est fort : la crypto devient un produit financier grand public. Mais cette accessibilité a un prix. L’offre, opérée par la filiale Hexarq, repose sur un modèle tarifaire particulièrement lourd : 1,5 % de frais à l’achat, 1,5 % à la revente, et un abonnement obligatoire de 2,99 € par mois. Concrètement, un investissement de 1 000 € se voit immédiatement amputé de 15 €, auxquels s’ajoutent plus de 36 € d’abonnement annuel. Le capital perd donc plus de 5 % la première année, avant même la moindre fluctuation du marché.
Pas de clés privées
Autre limite : les clients ne détiennent pas leurs clés privées. Ils ne possèdent donc pas directement leurs cryptomonnaies, mais seulement une créance sur la banque, à l’opposé de la philosophie originelle du secteur.
S’ajoute enfin un risque fiscal : la France prépare une taxation de la « richesse improductive », visant les actifs qui ne génèrent aucun rendement. Acheter du Bitcoin via sa banque revient précisément à cela : conserver un actif volatile sans valeur ajoutée, en comptant uniquement sur une hausse de prix.
Pendant ce temps, une minorité d’investisseurs avertis se tourne vers la finance décentralisée (DeFi) pour obtenir des rendements sur leurs actifs, notamment les stablecoins comme l’USDC – également proposés dans l’offre BPCE. Plutôt que de laisser dormir leurs fonds, ils les placent dans des mécanismes de liquidité qui permettent de générer un retour régulier, une stratégie qui vise à faire travailler le capital plutôt qu’à simplement le conserver.
L’arrivée de la BPCE confirme la normalisation du secteur crypto, mais elle met aussi chaque épargnant face à un choix clair :
rester un utilisateur passif qui paie des frais pour une détention indirecte de cryptomonnaies, ou devenir un investisseur plus autonome qui gère lui-même ses actifs et cherche à optimiser la performance.
La banque, elle, a tranché : son objectif est de monétiser cette nouvelle demande.